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Par : webmaster
Publié : 9 juillet 2016

Témoignage d’une prisonnière d’opinion syrienne, Duha Achour (traduction)

La joie de la résistance
(Témoignage d’une prisonnière d’opinion syrienne, Duha Achour)

Tout d’abord, je salue toutes les personnes ici présentes, ainsi que toutes les âmes tombées, pour et au nom de la liberté.

J’ai été prisonnière d’opinion durant six années et demie de ma vie, en Syrie, dans les années quatre-vingt dix. En prison, je suis devenue maman d’une petite fille prénommée Diana, mon enfant unique. En prison, je naquis une seconde fois, pour devenir la personne que je suis, aujourd’hui.

Lors de ma détention, j’ai été privée de tout aspect moral et matériel et j’ai vécu des moments difficilement supportables ; souvent, je rêvais d’un repas correct, propre... Il m’arrivait également de rêver d’une pomme, d’un œuf, ou...simplement d’huile d’olive...
Mon souhait le plus cher était de pouvoir me détendre dans un bain chaud...de porter des vêtements propres...car ceux que je portais durant mon calvaire et de façon continue étaient tellement sales, qu’ils avaient moisi à même mon corp et ma peau s’était écorchée sous l’effet de l’humidité et de la crasse.
J’avais une peur bleue des insectes qui rampaient autour de moi et qui m’empêchaient de trouver le sommeil, dans un lit trempé de sueur et couvert de sang, Les covertures étaient elles aussi très sales.
J’’étais une femme encerclée, privée de toute liberté et j’ai dû apprendre à vivre ainsi...
J’ai réussi malgré tout à garder en moi l’amour de la vie. Cette vie à laquelle j’essayais coûte que coûte de m’accrocher...Une petite voix me répétait alors, sans cesse, que je devais garder mon sang froid, pour pouvoir supporter ce qui m’attendait...Plus encore, je me devais de résister pour défendre mes droits et celui de mon fœtus : son droit à la vie...
J’ai appris, au fil du temps, à remplacer la lecture par les souvenirs que j’en gardais, j’ai repensé alors au célèbre roman de Cervantes « Don Quichotte », je me suis remémorée la mythologie grecque et la littérature de la Révolution Française dont je me nourrissais, passant par Paul Eluard à Albert Camu et Simone de Beauvoir.

J’ai entamé une grève de la faim qui a duré dix-sept jours, suite aux maltraitances que j’ai subies et à l’interdiction de visites dont j’ai fait l’objet. Pour tenir, je me remémorais la fameuse phrase du poète grec Ritsos, qui me confortait tant et que j’avais écrite sur le mur de ma cellule : Il disait alors que si l’on devait mourir, qu’il en soit ainsi, car la liberté prime !
Je rêvais d’un cheval me transportant sur tous les recoins de la Terre, m’élevant vers le ciel que je comprenne mieux les Hommes, leurs croyances et leurs religions. Je me faisais une idée de l’heure, comme dans le temps, à partir du soleil.
Au fin fond de ma cellule, et au milieu du silence assourdissant, le bruit me manquait, les gens dans toutes leurs diversités me manquaient eux aussi. Je portais une attention particulière aux fourmis que j’ai appris à observer, à contempler...J’attendais avec impatience la venue des papillons mais j’ai surtout compris la faiblesse des êtres vivants, leur fragilité... Pour ma part, je pense avoir opté pour le courage...pour faire face aux aléas de la vie.

Au fin fond de ma cellule, j’ai appris à me libérer de mes peurs, de mes biens, de mes rancunes, et j’ai compris que seule la liberté pouvait nous rendre bons et honnorables.

Je revis encore, ces moments où durant la révolution syrienne, des manifestants chantaient et dansaient de joie, se sentant forts, invincibles, car ensemble, ils étaient...Cette image de fraternité et de solidarité, me donne encore aujourd’hui, les larmes aux yeux...
Je sais au plus profond de mon cœur, que passer outre ses peurs, ressentir l’extase de la résistance et agir ensemble accentuent les liens et les sentiments fraternels.

Gilles, mon père, était un un homme de gauche ; il a passé sa vie en prison. A cette époque, la Syrie aurait pu devenir un « paradis terrestre », mais la dictature en a voulu autrement...elle (la dictature) a volé notre jeunesse, nos rêves, nos espoirs, nous a poussé à partir, à quitter notre Syrie, malgré nous... Certains ont perdu la raison...

Aujourd’hui, on compte plus de trois-cent mille détenus, sans compter les personnes portées disparues, et des milliers d’autres assassinées sous l’effet de la torture. Les conditions de détention étant difficiles, grand nombre d’entre eux meurent de faim, de froid ou d’épidémies.

Enfin, je voudrais dire aujourd’hui, et avec force, que les valeurs humaines si fièrement portées et défendues par la République Française me font honte des dictatures qui existent et perdurent encore dans le monde. Nous avons, donc la responsabilité, tous ensemble, de soutenir les révolutions des peuples, où qu’elles soient, dans le but de prôner haut et fort la liberté, la justice et la fraternité.

Partageons ensemble la joie que nous procure la résistance !