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Publié : 31 mars 2011

De l’indignation à l’action

Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui

De l’indignation à l’action

« Résister ne suffira pas pour construire un avenir meilleur » déclarait Didier Magnin, président de CRHA lors du rassemblement au Plateau des Glières le 16 mai 2010.
Il poursuivait : « Il s’agit aujourd’hui d’appeler à un projet de société, d’appeler les mouvements, les associations, les institutions, les syndicats, les partis politiques, comme l’ont fait les 13 résistants en mars 2004, à constituer un programme politique, économique et social du 21e siècle, reprenant les principes du CNR en les adaptant à notre époque, en prenant en compte les problématiques écologiques et environnementales.
Il s’agit de proposer des pistes de réflexion, d’union et d’action. »

Le plan d’action immédiate :

Depuis la première édition du livre « Les jours heureux », notre association a décidé non seulement de poursuivre l’organisation des rassemblements citoyens au Plateau des Glières chaque année – y compris après les présidentielles de 2012 – mais encore de lancer une nouvelle initiative selon deux axes :

 engager un travail de réflexion pour :
- approfondir les questions fondamentales de ce à quoi il est urgent de résister, de ceux à qui il nous faut résister, de comment ces résistances peuvent se coordonner et même s’unir (comme avec le CNR)
- appeler à la rédaction d’un projet et débroussailler le terrain de cette rédaction,
- appeler aux contributions individuelles des citoyens au travers du réseau,
- engager des concertations voire des coordinations avec les très nombreuses organisations de résistance d’aujourd’hui.

 lancer le « Réseau Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui »
D’abord pour répondre aux nombreuses demandes d’adhésion que nous recevons ; mais surtout pour contribuer au développement des résistances d’aujourd’hui et à leur concertation voire leur union par la diffusion des informations et réflexions sur « la stratégie » de ces résistances.

Cela se concrétise notamment par l’ouverture du site Internet
http://www.citoyens-resistants.fr/
dont le but est d’assurer la fonction permanente de « forum » des résistances d’aujourd’hui.

Cela se concrétise aussi par un mouvement de collectifs départementaux ou locaux constitués autour d’une charte analogue à celle qui définit les rassemblements citoyens des Glières.
D’ores et déjà les correspondants locaux de ces groupes assurent le lien avec les autres groupes du réseau et avec les représentants locaux des autres organisations qui animent les résistances d’aujourd’hui et contribuent au travail de réflexion, notamment sur le projet de société du 21e siècle.

La légitimité

Nous avons conscience de l’ambition que représente une telle entreprise, qui paraît dans le contexte d’aujourd’hui aussi peu réaliste que l’était… la création du CNR dans le contexte de l’occupation et du régime de Vichy, le 27 mai 1943…

Aussi avons-nous toujours en tête ce que déclarait Stéphane Hessel le 4 mai 2008 au micro de Gilles Perret, auteur du film « Walter, retour en résistance » :
« Puisque nous avons réussi à surmonter quelque chose qui paraissait très lourd – le nazisme, le fascisme ça paraissait extraordinairement lourd – eh bien ça veut dire qu’on peut surmonter !
Et que s’il y a aujourd’hui des obstacles de même nature, et peut-être même plus lourds, il n’y a aucune raison pour qu’on n’arrive pas à les surmonter.
Il suffit qu’il y ait une minorité active solide ; des jeunes qui en veulent, qui considèrent que l’engagement ça signifie quelque chose, et qu’ils ont une responsabilité. Eh bien ils n’ont pas besoin d’être majoritaires, il suffit qu’ils soient le levain qui fait monter la pâte et à ce moment nous aurons une France résistante. »

Nous n’oublions pas non plus ce que déclarait Raymond Aubrac au Plateau des Glières le 17 mai 2009, lors du rassemblement « Paroles de résistance » :
« Nous avons besoin non seulement d’un programme commun, mais aussi de projets communs. Voilà une des grandes lacunes de notre temps, et de notre pays. Nous ne savons pas vers quoi nous allons, dans un monde de plus en plus complexe. Il nous faut ces projets, par respect pour ceux qui se sont battus pour élaborer cette promesse d’avenir. Il nous faut aussi cet optimisme que partageaient tous les Résistants, sans exception, et qui les persuadait d’être, à travers tant de dangers, avançant vers leur but : plus de liberté, plus d’égalité, plus de fraternité. »

Et il faut aussi rappeler que ce sont des myriades de petites actions de résistance qui ont fait dire au général Eisenhower que la Résistance française avait représenté « l’équivalent en hommes de 15 divisions d’infanterie et grâce à son assistance, la rapidité de notre avance en France en fut grandement facilitée. »
Notre ambition est d’être un de ces nœuds du réseau des résistances…

L’action

Lorsqu’on parle de l’actualité de la résistance on déclare habituellement que le contexte n’est pas le même qu’en 1940-44 (la débâcle, l’occupation, le régime de Vichy) et que, par conséquent la résistance ne prend pas la même forme.
Par contre une erreur courante est de dénier la légitimité des résistances d’aujourd’hui ou d’en déclarer la « valeur » incomparable voire infime par rapport au « sacrifice » de nos aînés.
Certains en arrivent même à penser que la partie « plan d’action immédiate » du programme de 44 est totalement hors de propos aujourd’hui.

Au contraire et dans la perspective de ce projet de société du 21e siècle, il nous apparaît nécessaire et urgent d’engager la conception d’un plan d’action immédiate de la résistance d’aujourd’hui, autant pour permettre d’éviter les amalgames avec le passé, que pour asseoir la légitimité des actions de résistance actuelles.
Il s’agit notamment d’analyser, dans la situation politique économique et sociale d’aujourd’hui, ce qui motive la résistance d’aujourd’hui ; pour cela reprendre les éléments contenus dans l’intervention de Serge Portelli le 16 mai 2010 à Glières :
« Aujourd’hui, le constat que nous faisons tant et tous, c’est que nous ne sommes plus dans une démocratie. Nous ne sommes pas non plus encore dans un état autoritaire. Nous sommes ce que j’appellerai un état limite ».

Les résistances d’aujourd’hui montrent aussi qu’il ne suffit plus de défendre les « acquis » du C.N.R., il s’agit de défendre – y compris physiquement – les victimes de l’oppression (sans papiers, sans logement, sans travail…) et de passer à l’offensive en proposant une perspective politique.

Cela veut dire qu’il ne suffit pas d’attendre une échéance électorale – et encore moins « un(e) sauveur(e) suprême » – pour se mettre en mouvement : c’est le sens des rassemblements à Glières.
L’attente est d’autant plus grande que le désenchantement par rapport à l’action politique partisane gagne la majorité de la population.
Il est clair que nous appelons à refonder la citoyenneté républicaine et à lutter contre l’idéologie dominante qui détruit la citoyenneté en formatant une masse de consommateurs, qui développe l’individualisme et la lutte de tous contre tous. Il s’agit de lancer un véritable « mouvement d’éducation populaire ».
Il s’agit tout simplement de faire en sorte que les citoyens fassent… de la politique ! Car ceux qui se cantonnent à « l’apolitisme » redeviennent des… sujets.

L’appel de 2004 parlait d’une « véritable insurrection pacifique » ; nous ajoutons « l’insurrection de la conscience républicaine » et reprenons les termes de « désobéissance civile » et même de « désobéissance éthique ».

L’organisation

Le plan d’action immédiate de 1944 présentait tout un volet organisation qui prévoyait essentiellement les « comités de libération » partout en France, destinés à « faire participer de façon effective tous les français à la lutte contre l’ennemi ».
Là encore certains estiment qu’étant donné que nous ne sommes pas dans les conditions de l’occupation et de la résistance dans la clandestinité, ce dispositif n’aurait plus cours.
Au contraire, car aujourd’hui il ne s’agit pas seulement d’appeler mouvements, partis, syndicats à s’engager à élaborer un programme, il s’agit aussi et surtout d’appeler tous les citoyens à prendre en main leur (notre) propre destin – voir la Tunisie – par des moyens pacifiques même s’ils ne sont pas reconnus comme légaux par les pouvoirs en place ; et donc de contribuer eux-mêmes à la rédaction de ce « projet de société du 21e siècle ».
Déjà des initiatives types « cahiers de doléances » sont lancées, elles doivent déboucher sur des « cahiers de revendications ». C’est le sens profond de ce « réseau » que nous souhaitons contribuer à développer.

Le projet de société

Pour faire que cette « utopie réaliste au 21e siècle » devienne un but accessible comme l’a été le programme du CNR le 15 mars 1944, nous proposons d’élaborer simultanément au plan d’action immédiate, les grandes orientations de ce projet selon trois axes :

1- Reconstituer toutes les institutions créées à la Libération en application du programme du CNR, diminuées voire démantelées depuis, et abroger les mesures – gouvernementales ou législatives – qui correspondent à des lois de honte et d’usurpation. Cela touche aussi bien les domaines économiques (privatisations – démantèlement des services publics), sociaux (sécurité sociale, retraites) que l’indépendance de la presse, celle de la justice, le droit des étrangers etc.

2- Refonder la République :
- réaffirmer l’attachement du peuple français à la « République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » (article 1er de la constitution actuelle).
- réexaminer la forme républicaine du gouvernement : séparation des pouvoirs et lutte contre le pouvoir personnel ; démocratie parlementaire plutôt que régime présidentiel.
- affirmer que l’élection des représentant(e)s du peuple à tous les niveaux devrait être assortie des conditions suivantes : mandat impératif, révocabilité par référendum, scrutin proportionnel, non cumul des mandats. Dans le même mouvement remettre en cause l’élection du président de la république au suffrage universel.
- créer une nouvelle conception de la démocratie dans laquelle l’action de la société civile sera reconnue et d’une manière générale créer les conditions du principe défini à l’actuel article 2 : « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».
- revendiquer la convocation d’une Assemblée Nationale Constituante pour parachever ce travail.

3- Reconstruire la société
En s’appuyant sur la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée en 1948 qui déclare : « Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde. »

En réaffirmant le droit à la résistance à l’oppression comme « droit naturel et imprescriptible » de tous les citoyens (article 2 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen adoptée le 26 août 1789, annexé à la Constitution de 1958).

En refusant l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie. En refusant toute « marchandisation » de la personne humaine et de ses activités.

En réaffirmant les principes développés dans le programme du CNR, toujours d’actualité, notamment : « instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ».

En mettant en œuvre touts les mesures économiques, financières, sociales et institutionnelles qui en découlent.

En considérant les services publics comme biens communs inaliénables et comme composante de la république. En définissant les prescriptions morales qui découlent de ce statut et qui engagent autant les citoyens que les agents de l’état

En mettant les préoccupations écologiques au cœur de la vie sociale, économique et politique :
En affirmant la responsabilité de la collectivité humaine vis-à-vis du devenir de la planète et des générations à venir.
En déclarant les ressources naturelles patrimoine inaliénable non soumis à marchandisation. En révisant le droit de propriété des sols dans une perspective de droit d’usage.
En développant le concept d’une éthique de la production des biens et des services dans la suite de l’alinéa de 1944 qui prévoit « une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général ».
En abordant toutes les questions d’environnement (gestion et traitement des déchets – y compris nucléaires, OGM, nanotechnologies, etc.) dans le cadre du développement de la démocratie à tous les niveaux de la société et notamment dans la production (usagers et producteurs).

En affirmant que l’orientation de la République Française est à la fois internationaliste et altermondialiste.
En refusant les théories du « libre-échange » organisé par l’OMC et de la « concurrence libre et non faussée » qui fonde les traités européens. En refusant la dictature financière exercée par le FMI.
En engageant le futur gouvernement de la République refondée à mener une politique de paix en général (y compris de désarmement) et de réforme de l’ONU allant dans le sens des solidarités internationales.

Mars 2011